Humans Of Montpellier n°48
Je m’appelle Damien Deville, je suis Agroécologue et anthropologue de la nature. Je travaille actuellement entre l’INRA de Montpellier (UMR Innovation) et l’université de Paul Valéry, où je questionne, à travers mes travaux de doctorat, la place que peut prendre la nature dans la vie quotidienne des populations les plus pauvres à des fins d’émancipation sociale et de justice économique et environnementale.
Montpellier est une ville trépidante !
Montpellier est une ville trépidante ! Ça fourmille dans les éternelles ruelles de l’Ecusson, le nouveau quartier de Port Marianne à l’architecture ambitieuse ouvre la ville à une nouvelle modernité, aux quartiers des Beaux Arts et des Arceaux il y a des projets d’appropriation allant du street-art à la création d’espaces de rencontre de partage – tantôt formels, tantôt informels – invitant les citoyens à fabriquer la ville par eux mêmes.
Mais ces richesses ne sauraient cacher des inégalités structurantes. A l’image de ce qui se passe dans les métropoles, Montpellier évolue actuellement par trois vitesses. Alors que le centre ville et les quartiers contemporains se gentrifient fortement et que les populations des classes moyennes partent en périphérie de la ville, des quartiers de relégation aux extrémités de la ville vont concentrer la pauvreté et la précarité. Et par delà les frontières de la ville, les campagnes s’appauvrissent également.
Il devient important de décaler son regard par delà les métropoles pour comprendre la diversité que nous sommes en train de perdre
Et pourtant qu’est-ce que la campagne languedocienne est belle ! Je me suis d’ailleurs surpris à aimer la garrigue, moi qui vient d’une terre brune et pluvieuse. Ces odeurs de thym et de laurier, les places de Sète qui rayonnent de l’intellect de Brassens et de Paul Valéry, ses plages avec ces nuances de couleur – aussi bien au lever qu’à la fin du jour – touchent au plus profond des cœurs. Sans compter les monts, les gorges, les pinèdes, les villages cévenols d’une beauté extraordinaire.
Il faut absolument sauver ces territoires ! Il devient important de décaler son regard par delà les métropoles pour comprendre la diversité que nous sommes en train de perdre au profit d’une trop grande uniformité des modes de vie urbains. Il y a, je pense, la nécessité de déployer de nouvelles politiques urbaines, favorisant la mixité, les rencontres et le partage dans des liens renouvelés entre les villes et les campagnes. C’est une aventure qui reste à construire à Montpellier comme ailleurs. Cette aventure je la vois avant tout citoyenne, cosmopolite et socialement juste, car l’enrichissement passe forcément par l’altérité. Et puis bien sûr je la vois écologique, car le futur des sociétés ne peut se penser sans des processus égalitaires avec nos frères et sœurs les non humains.