Dieudonné, dans l’antre de la bête immonde
Inutile de rappeler à quel point le sujet fait polémique. Humoriste, pas humoriste ? Toujours est-il que le sulfureux Dieudonné était de passage au Zénith de Montpellier samedi 9 mai, pour jouer son spectacle « La bête immonde » dans une salle remplie. Le Nouveau Montpellier se devait de s’interroger sur le phénomène et d’aller au cœur de l’événement pour prendre la température. Si Dieudonné tourne souvent le dos aux médias, il a exceptionnellement accepté d’ouvrir les portes de ses coulisses pour nous recevoir. Une immersion inédite dans un univers subversif et controversé.
Selon un article publié le 8 mai dans Midi Libre, le conseiller municipal Djamel Boumaaz achetait son billet pour défendre la liberté d’expression pour tous. Nous avons donc demandé directement à l’intéressé pourquoi il avait décidé d’acheter sa place pour le spectacle. Sa réponse ? « Ça ne sert à rien d’être Charlie, si c’est pour ne pas défendre la liberté d’expression pour tout le monde… On ne peut pas être Charlie le 11 janvier, et refuser un artiste de pouvoir s’exprimer. Après, sur les propos que l’artiste tient… Il y a une justice. »
Il devient difficile d’aborder la question sous un angle simplement culturel quand l’achat d’une place devient un acte politique, presque militant. Djamel Boumaaz ajoute : « Certains disent que je récupère le truc pour faire du buzz. Mais il faut savoir que Dieudonné est très réputé dans les quartiers populaires ! Au sein de la majorité municipale, il y a des membres qui sont issus de ces quartiers populaires et qui le kiffent, mais ne l’ont pas défendu. » Le silence de la presse en dit long sur le malaise qui règne autour de l’artiste, qui remplit le Zénith sans le moindre relais médiatique.
Que viennent chercher les spectateurs ?
Pour essayer de comprendre, il était nécessaire de s’adresser directement aux spectateurs avant le début de la représentation. « J’ai suivi un peu ce que faisait Dieudonné depuis cinq ou six ans. Le dernier spectacle était bien, donc je viens voir celui-là par curiosité. Et aussi pour me marrer ! » Ce spectateur est venu de Béziers avec sa femme, qui témoigne également d’un regard moins expert sur le sujet : « Je ne m’y intéressais pas trop à la base. On se fait une idée sur lui mais quand on voit ses spectacles, on s’aperçoit que ce n’est pas exactement ce qu’on dit à la télé. »
Un grand-père venu avec sa fille porte quant à lui un regard sombre sur la politique, alors qu’il affirme avoir travaillé pour le Parti socialiste pendant 20 ans. Il place tous ses espoirs dans l’humoriste. « C’est quelqu’un qui fait du bien à la France. La politique c’est de l’escroquerie, du mensonge. Je ne suis pas un fan de Dieudonné, mais ce Valls c’est un malade. Pour moi qui suit un soixante-huitard, cet humoriste, c’est une source d’espoir. Il éveille les consciences. » La passion se sent parmi les spectateurs, qui sont déjà nombreux sur place deux heures avant l’ouverture de la salle.
Après une discussion riche sur les notions de démosophie et de capitalisme, le grand-père conclut : « Philippe Saurel, il paraît qu’il n’était pas d’accord pour que ce spectacle ait lieu. Je pense que Frêche aurait été plus clair et l’aurait laissé s’exprimer. » Quand certains viennent pour s’amuser et rire, d’autres voient un message politique fort.
Une jeune fille qui guérit du cancer en vedette
Dans les coulisses, un papa fan de Dieudonné et Marion, sa fille de 20 ans, sont venus d’Aimargues pour voir le spectacle. Elle vient de guérir d’un cancer et nous raconte sa douloureuse expérience. « À l’age de 18 ans, on m’a diagnostiqué un cancer. Donc ça faisait un an et demi que je passais tout ce qui est chimio, opération, radiothérapie… En janvier 2015, j’ai appris que j’étais guérie. C’était une délivrance. »
« On n’a plus de vie sociale. On est enfermé pendant des mois dans une chambre d’hôpital, et je dois avouer que Dieudonné m’a beaucoup aidé. Il m’a énormément fait rire pendant que j’étais malade, surtout avec son sketch sur la maladie du cancer. Dans la situation de l’époque, ça me concernait personnellement. Je me reconnaissais totalement dans ce sketch. Donc merci Dieudo. » Un témoignage étonnant au vu de la tension qui règne à l’extérieur de l’univers Dieudonné.
L’humoriste (ou l’ex-humoriste pour certains) aurait un pouvoir de guérison par le rire ? Le staff de l’artiste, touché par la rencontre et le témoignage, lui demande de participer à l’animation d’ouverture du spectacle avec l’entrée en scène du régisseur Jacky, visiblement très populaire parmi la communauté. « Je suis venu chercher de l’humour, beaucoup de joie et d’oubli de soi-même. Dieudonné arrive à nous faire rire sur tous les sujets et c’est la première fois que je le rencontre, donc je suis toute contente ! »
Quand la bête immonde entre en scène
Le show s’annonce piquant. Dès les premières minutes, une compilation de propos tenus par diverses personnalités médiatiques est diffusée à l’écran, sous les sifflets de la salle. Le Premier ministre Manuel Valls, le Président François Hollande, le journaliste Patrick Cohen et autres ne sont visiblement pas les bienvenus. Jusqu’à ce que l’artiste arrive sur scène avec une tenue de prisonnier, sous l’ovation du public. Il ouvre le spectacle avec un « Taisez-vous, on va vous entendre jusqu’à la mairie. Ahahah ! » S’il a l’habitude de provoquer des personnalités politiques connues nationalement, il n’hésite pas à se montrer taquin avec le maire de la ville de Montpellier à plusieurs reprises.
La salle est hilare devant ses pitreries. « Il paraît que je représente la haine… La haine… C’est quoi la haine ? » C’est avec une insolence disproportionnée qu’il donne la définition exacte du mot, et qu’il se réjouit de l’interpréter. Il en abuse, il en joue, et c’est ce qui plait. Sa position de victime ou de personnage « haineux » fait mouche. « Pour une bille dans l’oeil, ils seraient capables de me poursuivre pour génocide » affirme-t-il en pointant une mitrailleuse sur le public. « Je suis en train de vous viser avec une arme et vous vous marrez ! Oh, mais vous êtes fous les mecs ! Rigolez pas ! »
Les thèmes abordés sont à la fois profonds et traités avec une imagination débordante. Pour donner un ordre d’idées de son absurdité, il met en scène une émission télé du nom de Fous-moi tout ce que t’as dans le cul, où il joue différents personnages : une Québécoise qui se marie avec un cochon, une Brésilienne qui a fait de la chirurgie pour devenir une poule ou encore un « canettosexuel » qui prend plaisir à « s’enfoncer des canettes dans le cul » et qui consulte avec son épouse le Docteur Strauss-Khan… Comment peut-on prendre cette histoire au sérieux ? Alors il en abuse et en joue. Il le dit lui-même sur scène : « J’ai de la chance. J’ai un métier où plus t’es taré, plus ça marche. » À noter en fin de spectacle un hommage poignant à Claude Nougaro. « Aujourd’hui je peux parler de lui et lui apporter mon soutien. De toute façon, je risque pas de nuire à sa réputation… Il est mort. »
La séance dédicaces après le spectacle
Un spectateur venu de Lodève nous donne son point de vue sur le one-man show : « Il est dans son rôle de bouffon. Il est entièrement dans son rôle et il nous fait rire avec des sujets graves. Je l’ai trouvé très bien, ce spectacle. C’est un spectacle complet. J’en ai suivi quelques uns sur internet, et il utilise brillamment les médias et ce qu’il se passe au quotidien pour en faire un spectacle. En fait, il le dit-lui même, il se contente de dire la vérité et s’en sert pour nous faire rire. Ça me donne la pêche pour affronter ce qu’il se passe dans notre quotidien. Et heureusement qu’il dépasse ses peurs. Il ne recule devant rien. Ça donne de l’espoir. »
Lorsqu’on évoque le supposé antisémitisme de l’artiste, cette zone d’ombre reste anecdotique. « Je ne pense pas qu’il soit antisémite. Il ne ferait pas de mal à une mouche, même si ses fréquentations peuvent paraître louches. Mais il le dit dans son spectacle, il suffit d’écouter. Il le dit ouvertement qu’il travaille beaucoup avec des criminels, des assassins, des prisonniers ayant pris perpétuité pour des crimes atroces. Mais c’est toujours dans un programme de réinsertion sociale. Vous l’avez entendu, non ? Il y a tout un passage sur ça dans ce spectacle. » En effet, il le dit et l’assume. Il ose même en rire et déconstruit l’ineptie de cette violence. Il la dénonce tout en restant au plus près de cette haine.
Un style atypique qui le classe parmi les inclassables. Qu’on en pense du bien ou du mal, cette personnalité ne laisse pas indifférent. Les spectateurs ne sont pas si idiots et ignares, comme pourraient le penser certains de ses détracteurs. En attestent ces nombreux témoignages recueillis sur place. Mais les tensions extérieures commencent petit à petit à s’essouffler. Ce climat assourdissant et pesant arrive peut-être à son terme, avec déjà un autre spectacle en préparation intitulé « Dieudonné en paix ». Il a réussi à tourner en dérision la haine, va t-il réussir à faire de même avec la paix ?
Dans un Zénith de Montpellier plein à craquer, il ne faut pas oublier qu’en-dehors du contexte politique et médiatique, il y a une économie et des gens qui travaillent à l’organisation. Ce qui fait bien évidemment marcher l’économie locale et l’emploi. Prenons de la hauteur et restons lucide.
(Crédit Photo de Une : © Simon Botteau)










Enfin un média objectif!
Bravo! Très inspiré et très vrai, ça fait plaisir. Merci
C’est presque miraculeux…Un commentaire objectif dans un média classique….J’espère qu’il n’arrivera rien au journaliste en question…Fait pas trop bon dans la France de Valls de dire du bien (ou du moins pas trop de mal) de Dieudonné….Merci en tous cas.
Chapeaux bas M. Botteau!
Enfin, un vrai travail de journaliste avec un minimum d’investigation (au moins se rendre au spectacle avant de raconter n’importe quoi comme les autres médias). Bravo également pour votre plume, c’est parfaitement narrer. Un journaliste honnête, ça fait autant plaisir qu’un humoriste honnête 😉 Enfin, j’adore le “prenons de la hauteur et restons lucide” en conclusion. Bien à vous et bonne continuation.
Oh putain les meeeeeec ! Il est dans la merde le p’tit Botteau ! T’as choisi le bon camp, celui de la vérité. Fait gaffe ça énerve pas mal de gens !!!
Article très intéressant et objectif, des témoignages variés et un texte bien ecrit. Joli travail!
Chapeau bas M. Botteau. Je ne savais pas qu’il restait de vrais journalistes en France.
Hee. C du hors piste mec…
Cet article donne de l’espoir… Le journalisme objectif n’a pas totalement disparu! Remercier un journaliste pour faire correctement son travail peut paraitre surréaliste, et pourtant, il faut l’avouer, il faut un certain courage aujourd’hui… donc merci Mr Botteau!
Simplement Merci …
Un grand bravo à vous Monsieur Botteau , certain devrais en prendre de la graine, astucieusement écrit j’ai vraiment pris plaisir à lire votre article qui sent prendre position donne une idée très réaliste de l’ambiance des spectacles de Dieudonne , encore bravo .
Epatant! Alors la, chapeau au journaliste! En voila un moiins un qui fait son travail pour de bon! Ca fait chaud au coeur, on sent que c’est assez objectif, et c’est tres bien ecrit! Ma parole, merci a vous pour cet article! Une petite lueur de bonheur dans une realite bien trop sombre!
Enfin un article objectif sur dieudo, je pensai ne plus jamais en lire dans la presse dite classique.
Merci et bon courage pour la suite …
Merci, pour diffuser un peu de raison en ces temps delirants
J’espère que les políticos vont lire cet article avec inteligence et comprendre le vrai mot:liberté d’expression
Mr Botteau attention avec les charognards qui risquent de vous pourrir la vie
Courage et vive la République
Yes objectif , bon boulot