Cannabis : la culture à domicile en pleine expansion à Montpellier
Un climat propice ? Une terre fertile ? Quels que soient les facteurs et quelles que soient les villes, la culture du cannabis à domicile se développe et de nouveaux commerces font leur apparition. Enquête à Montpellier.
À Montpellier comme ailleurs, le phénomène est en pleine expansion. La culture de cannabis à domicile semble être en vogue. Peut-être est-ce dû à un climat propice et une terre fertile ? Il semblerait que les jeunes se tournent de plus en plus vers cette pratique en plein essor qui touche toutes les catégories socio-professionnelles.
Jugé plus sécurisant vis-à-vis des autorités et moins coûteux, planter du cannabis chez soi serait plus avantageux. Cependant, il est difficile d’évaluer le nombre de jardiniers frauduleux à Montpellier, tout comme le pourcentage de consommateurs résidant à Montpellier. Pour autant, nous pouvons d’ores et déjà donner quelques indications sur ces stupéfiantes cultures.
Le commerce hydroponique
Première explication : à Montpellier se trouvent plusieurs magasins destinés aux cultivateurs de cannabis où les produits de jardinage se multiplient. Appelés également Growshop, ces magasins permettent de se fournir en matériel hydroponique.
Jérôme, cogérant d’un tel commerce depuis deux ans, reconnaît que l’activité prend de l’ampleur sans être encore vraiment rentable. Pas franchisé, Jérôme « ne fonctionne qu’avec le bouche-à-oreille, ne fait pas de communication […]. Étant indépendant, je choisis la quantité de produit afin de ne pas traiter avec des cannabiculteurs grossistes, contrairement aux franchises ». Il insiste sur le fait « qu’une certaine franchise montpelliéraine gagnerait 20 000€ de chiffre d’affaires mensuel grâce à ces techniques de vente en gros ». Cependant, il concède avoir sa clientèle d’habitués. Des jardiniers d’intérieur, qui font pousser illégalement de la marijuana chez eux, le plus souvent pour leur consommation personnelle. Cette clientèle représenterait, selon lui, à peu près 70% des acheteurs de matériel. Les moins de 30 ans représenteraient 50% de sa clientèle et 20% pour les 30-40 ans.
Des profils inattendus
Le cliché du dealer de banlieue semble s’effriter au fil des années. Effectivement, à en croire le fichier déclaré à la CNIL, « plus de 85% des trafiquants locaux occupent un emploi ». De plus en plus de gens consomment et cultivent du cannabis. Les préjugés du consommateur marginal, cultivant son herbe chez lui sous fond de « Jammin’ », éclatent littéralement. La pratique touche toutes les strates de la société.
Enzo, âgé de 23 ans, consomme régulièrement du cannabis et cultive chez lui depuis quelques années. Pourtant, avant de mettre sa main verte à profit, Enzo s’approvisionnait en shit (résine de cannabis) via des connaissances. Jugeant les achats très onéreux, il décide de s’équiper pour cultiver lui-même. Après quelques recherches sur internet et de précieux renseignements, il achète des graines. À titre d’exemple, sur le site Sensi Seeds, on peut trouver les cinq graines pour une vingtaine d’euros.
Un placard, un box et quelques lampes à sodium plus tard, Enzo est prêt à faire une récolte tous les trois à quatre mois.
La garantie de savoir ce qu’il consomme a d’autant plus motivé Enzo à faire ce choix-là. En effet, craignant les produits chimiques avec lesquels sont coupées les doses de shit, il préfère alors cultiver son herbe lui-même. D’autre part, le jeune Montpelliérain ne souhaite pas alimenter le réseau de trafiquants. Et puis surtout, Enzo juge cette pratique plus fiable et plus discrète que de se fournir par des personnes extérieures. Selon lui, « cultiver chez soi reste moins risqué que d’acheter. On est moins exposé ».
La consommation, la culture et la vente de cannabis sont réprimées par la loi en France, mais rien n’interdit de posséder du matériel fertilisant. Cependant, s’adonner à la passion du jardinage indoor a un coût. Effectivement, le kit basique nécessaire à la culture de cette fameuse plante verte coûte en moyenne 300€ ; cela comprend, du terreau, une lampe haute pression à sodium ainsi que des bacs à culture. À noter également qu’aujourd’hui les clients se tournent vers du matériel haut de gamme, jugé plus sécurisant.
Un commerce controversé
Paul, brillant étudiant de 25 ans en chimie et biologie, cultive également chez lui mais dans le but de vendre sa production. Fils de pharmacien, ce n’est pas l’aspect financier qui l’intéresse. Il trouve dans cette pratique le moyen de se rendre utile à la société. Et, de manière illégale, il voit une façon de s’autofinancer facilement. Au début « pour rembourser sa culture », ensuite pour « pouvoir s’acheter des trucs », Paul concède que ses « envies n’avaient plus de limites ».
Toutes proportions gardées, la culture du cannabis est interdite de la même manière que le téléchargement illégal. Néanmoins, il est possible de se procurer tout le matériel nécessaire pour enfreindre la loi et c’est un phénomène en plein essor, touchant principalement les jeunes d’après les informations recueillies. De plus, il semblerait que culture ne rime pas forcément avec revente. La consommation personnelle serait plus répandue qu’on pourrait le croire.
Le patron du growshop admet également une concurrence quelque peu déloyale avec l’Espagne. En effet, la règlementation des commerces ibériques est différente de la nôtre, la vente des graines de cannabis est tolérée de l’autre côté des Pyrénées et le matériel vendu est explicitement réservé à la consommation de cannabis.
En France, très peu de growshop se risquent à vendre des graines « sous la table ». Même si la pratique existe, Jérôme se refuse à prendre de tels risques et perdre son commerce.








