Humans Of Montpellier n°37
Alexandre, sur la place de le Comédie, lors d’une manifestation de la diaspora gabonaise. © Fessoil Abdou
Je m’appelle Alexandre, je suis montpelliérain depuis 30 ans. Je suis artiste, poète et slameur. Je suis également militant pour des causes qui me semblent justes et nobles. Aujourd’hui [samedi 29 avril 2017], je défends mes amis du Gabon et mes amis palestiniens. Je défends aussi les gens du Royal Occupé et le squat de l’Uttopia, en imaginant que l’on puisse réorganiser une société plus juste.
Je suis venu à Montpellier car mon compagnon de l’époque habitait Montpellier, il se prostituait et moi aussi. C’est un peu comme ça malheureusement que j’ai connu Montpellier. Je me prostituais déjà, bien malgré moi, avant de venir sur Montpellier. J’ai commencé à 16 ans et je me suis prostitué aussi bien sur Paris que sur Nice ou sur les arceaux de Montpel. Je n’avais pas d’autres choix pour subvenir à mes besoins ! Je ne savais pas voler, je ne savais pas dealer, je ne savais pas mendier, il ne me restait qu’à offrir mon corps.
Montpellier m’attriste !
J’ai pu échapper à cette misère sociale en créant une association d’aide aux personnes prostituées au début des années 90 qui s’appelait Perle. Cette association s’est créée suite à la fermeture d’un service d’accueil pour les personnes en situation de prostitution au sein de la DASS. Perle n’est plus en activité car il y a une association nationale présente à Montpellier appelée « Amicale du Nid » qui lutte contre le système prostitutionnel et pallie aux déficiences de l’État sur ce sujet.
Montpellier m’attriste ! Ça fait 30 ans que je suis ici et je la voyais comme une ville de « moove » reposant sur une forte population étudiante donc tournée vers des projets et portée sur l’avenir. Force est de constater qu’en tant que militant défendant les droits à la dignité humaine et luttant contre la précarité, très peu de montpelliérains sont mobilisés sur ces sujets. À l’instant où je vous parle, il y a des agents de la police municipale qui ont failli arrêter un SDF devant l’Opéra Comédie parce qu’il avait une canette de bière à la main. Avec l’arrêté de Monsieur le maire, Philippe Saurel, sur la tranquillité publique qui a été reconduit le 15 avril dernier, les policiers peuvent déloger des marginaux sur la voie publique en situation d’ivresse ou s’ils sont accompagnés de leurs chiens.
Qu’est ce qu’il va falloir faire maintenant ? Se faire tatouer ou se faire mettre un badge ou une étoile ?
Ça m’attriste qu’on en arrive là pour asseoir l’image de « Montpellier ville propre et touristique », tout cela parce que l’on pense qu’un « pauvre » type un peu perdu avec sa canette de bière à la main sur la voie publique, ça fait sale. Des éméchés à Montpellier, dans cette ville estudiantine, force est de constater que le jeudi et le samedi soir, on est tous bourrés ! Mais on assiste à une chasse aux sorcières envers une certaine catégorie de population ! C’est malheureux mais je profite des élections présidentielles actuelles pour le dire : Qu’est ce qu’il va falloir faire maintenant ? Se faire tatouer ou se faire mettre un badge ou une étoile, quelle que soit la couleur, afin de savoir si on a le droit de se poser dans tel lieu ou si on peut accéder à un autre selon sa situation sociale ? C’est l’horreur !








