Le monde au défi, la planète bleue vire au vert
Hubert Védrine en visio-conférence diffusée au lycée Jean Mermoz de Montpellier à l’occasion de la sortie de son nouveau livre « Le monde au défi ».
Le 31 mai 2016, Hubert Védrine donnait une conférence au Centre Nîmois à l’occasion de la sortie de son nouveau livre « Le monde au défi ». L’intervention de l’ancien ministre des affaires étrangères a été diffusée par visio-conférence au lycée Jean Mermoz de Montpellier. Sans céder au catastrophisme, le diplomate dresse le portrait d’un ordre international confronté au défi de ses propres rigidités.
« Le principal défi qui s’impose aux Occidentaux, c’est d’oublier qu’ils ont dominé le monde »
Non, l’Amérique ne tiendrait plus l’Europe dans sa main. Longtemps relégués au rang de super-exécutants des politiques américaines, les pays européens se seraient désormais émancipés de la tutelle américaine. Véritables « maîtres du monde » après l’effondrement de l’URSS, les Etats-Unis seraient aujourd’hui confrontés au défi de leur propre adaptation. « Le principal défi qui s’impose aux Occidentaux, c’est d’oublier qu’ils ont dominé le monde », affirme le diplomate. La crainte d’une « américanisation » du monde serait aujourd’hui dépassée, les idéaux missionnaires américains ayant été discrédités par l’argument néo-colonialiste. Relever le défi d’une nouvelle gouvernance mondiale reviendrait à accepter que celle-ci ne puisse être l’oeuvre d’un seul. Il s’agirait, pour l’Occident, de composer avec de nouvelles puissances dites « émergentes » dont l’émancipation progressive ne pourra bientôt plus être ignorée. Il serait également question de promouvoir un usage raisonné du « droit/devoir d’ingérence », respectueux de la souveraineté des autres Etats.
« L’économie globalisée n’a pas créé de consensus »
En l’absence de véritable communauté internationale, Hubert Védrine s’interroge sur les moyens de renforcer la solidarité entre Etats. Les valeurs dites « universelles », trop réductrices et peu respectueuses des singularités régionales, n’auraient pas constitué un instrument satisfaisant. Délégitimées par leur caractère profondément occidental, elles n’auraient pas permis la convergences des idées. « L’économie globalisée n’a pas crée de consensus ». Bien qu’ayant permis à certains Etats de sortir de la pauvreté, les écarts persistants de richesses constitueraient, aujourd’hui encore, un frein au rapprochement des peuples. De plus, la multiplication des échanges n’aurait pas été synonyme de mondialisation des cultures, les sphères culturelles étant restées quasi-hermétiques à la globalisation financière. De même, les institutions représentatives (G8, G20, ONU, etc) ne constitueraient que des puissances potentielles, incapables de fonctionner en l’absence de consensus. Aujourd’hui, la gouvernance mondiale ferait assurément défaut, selon le diplomate.
« La principale menace pour la démocratie représentative, c’est la tentation de revenir à la démocratie directe »
Le constat d’un ordre international désuni appellerait, aujourd’hui, à une redéfinition du système démocratique au niveau mondial. La démocratie représentative aurait laissé un goût amer à certains peuples délaissés, ceux-ci nourrissant le sentiment d’une « vaste escroquerie ». Le principal danger résiderait dans la tentation de revenir à l’essence du système démocratique, c’est-à-dire à la démocratie directe. Dans un contexte d’hyper-information, les citoyens se sentiraient aujourd’hui en droit d’exiger de leurs représentants que ceux-ci leur rendent compte de leurs actions. On assisterait ainsi à l’émergence d’un désir de démocratie directe, presque dictatoriale. Face à ce renversement du rapport de forces, il incomberait aux institutions représentatives de redonner foi en les idéaux qui avaient fondé leur légitimité.
De l’« échec monstrueux de la cause écologiste » à une société « écologisée »
Selon Hubert Védrine, le défi écologiste pourrait constituer le fondement d’une solidarité internationale. Face à l’échec des stratégies politiques, économiques et culturelles destinées à former une communauté internationale, il semblerait que « le seul lien entre tous les êtres humains soit que la Terre demeure viable ». Aller chercher le dénominateur commun manquant sur le terrain écologique pourrait, ainsi, constituer un cheminement vers la solidarité politique internationale tant espérée. Le principal défi consisterait à permettre une large prise de conscience et valorisation des enjeux politiques sans les enfermer dans un cadre partisan ou s’adonner à la « stratégie de la terreur ». Aujourd’hui, la cause écologiste souffrirait d’une crise de représentations, bien souvent associée à des mouvements marginaux, radicaux ou syndicalistes.
Au contraire, une gestion globale et responsable des enjeux écologiques pourrait constituer le ciment nécessaire à la construction d’une communauté internationale au service d’une planète verte.








