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Home›Société›Singa Montpellier : une diversité culturelle en effervescence

Singa Montpellier : une diversité culturelle en effervescence

Par Fessoil Abdou
10 décembre 2016
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Un atelier organisé par Singa Montpellier à la librairie Scrupule. © Fessoil Abdou

Depuis quelques mois, une association à vocation citoyenne appelée « Singa » s’est installée à Montpellier. Son but : favoriser l’émergence d’espaces de rencontre et d’échange entre les réfugiés et la société d’accueil pour faciliter leur intégration. Promouvant le bien-vivre ensemble, elle est organisée en communauté et ouverte à tous. Une communauté diversifiée dont le nombre de membres augmente au fil des mois à Montpellier, sensible à l’environnement et à la richesse culturelle des espaces qu’offre Singa.

Lors d’un atelier d’expression à la librairie Scrupule, des participants bâtissent un texte commun en diverses langues mêlant le français, l’italien, le persan, l’arabe, l’allemand, l’espagnol. Un atelier dans lequel de jeunes allemands discutent en italien, des italiens en arabe, des syriens en persan, des afghans en français, des français en anglais… Bref c’est Singa ! Une association qui met en exergue les relations interculturelles dans un esprit de partage et d’égalité avec ses semblables.

Construction d’un recueil final, à partir de phrases écrites sur post-it, des textes qui ont marqué les participants. © Fessoil Abdou

Créée en 2012, Singa développe des outils et des espaces de rencontre, d’échange et de collaboration entre les personnes réfugiées et les individus issus de la ville d’accueil. Cette association a pour objectif de faciliter l’inclusion sociale des réfugiés dans leur nouveau lieu de résidence et de réduire « la vision très humanitaire et court-termiste que possèdent nos sociétés sur la question de l’accueil des réfugiés » selon Nathanael Molle, l’un des co-fondateurs de l’association.

Citoyenne et apartisane, elle est ouverte à tous ceux qui souhaitent participer à l’enrichissement multiculturel au sein de notre société. Elle accueille ainsi des personnes de tout horizon qui peuvent être des réfugiés, des demandeurs d’asile en attente d’un statut de réfugié, des « locaux » français, des résidents étrangers étudiants ou actifs… etc

Des espaces pour apprendre de l’autre et faire tomber certains préjugés

Actuellement, Singa possède une communauté de 25 000 personnes à travers le monde (installée notamment au Québec, en Allemagne, en Belgique et bientôt en Australie) et près de 450 membres depuis l’ouverture de Singa Occitanie à Montpellier en février 2016. Fonctionnant par pôle d’activité, Singa avait lancé son premier projet basé sur des « binômes linguistiques » avant de développer son pôle d’accompagnement au projet professionnel (Singa Projet) et ses différents espaces de rencontre tels que les ateliers d’écriture (Singa Passion) pour y favoriser les échanges et les opportunités en faveur des membres de cette communauté.

Des espaces importants pour les réfugiés qui leur permettent de nouer plus facilement des interactions sociales dans leur nouveau lieu d’accueil. Jeune réfugié afghan, Shabbir est venu en Mars 2016 à Montpellier et témoigne de l’apport que lui a donné ces espaces d’échange « je voulais connaître de nouvelles personnes mais dans les rues quand tu ne connais pas les gens, tu ne peux pas aller vers eux. Sur Singa, on peut connaître de nouvelles personnes et discuter avec eux ». Pour Rebecca Ajavon, directrice de la communauté Singa Occitanie, ces lieux de rencontre sont également « nécessaires pour apprendre de l’autre et faire tomber certains préjugés que l’on peut avoir sur les réfugiés ».

Des lieux de rencontre mais aussi des actions de mises en relation

Ainsi pour rééquilibrer le répertoire public actuel lié à la question des refugiés, Singa organise ses espaces de rencontre en mettant en évidence les personnes avant leur statut. « Les événements que l’on organise sont rarement liés à la problématique des réfugiés » indique Nathanael Molle. « Ce sont souvent des événements avec des thématiques rassemblant une population large qui n’est pas sensibilisée sur les sujets liés à l’asile ».

Un “Singa Blabla” sous le thème de l’ « huamour ». © Fessoil Abdou

C’est le cas par exemple du « Singa Blabla » un atelier d’expression hebdomadaire où l’on échange sur des sujets variés. Des sujets évoquant des textes qui les inspirent, des objets qui les accompagnent dans leur vie ou des situations humoristiques marquant leur existence en passant par des situations humour/amour, surnommées sur cet atelier « huamour », ont suscité un intérêt auprès de divers publics.

Un public composé d’artistes, de comédiens, de poètes, d’étudiants, de mères de famille ou de personnes lambdas désirant simplement s’exprimer et partager leur expérience sur ces thèmes. Des individus aux multiples profils dont on ne sait au préalable s’ils sont réfugiés ou non et que l’on découvre au fur et à mesure de l’atelier « cela permet entre autres que le réfugié soit reconnu en tant que personne et qu’il ne soit pas cloisonné par son statut » insiste Rebecca Ajavon.

Parallèlement à ces lieux d’échange et de rencontre, Singa propose également de renforcer l’intégration des réfugiés à travers des programmes de mise en relation comme le « Buddy Pote ». Ce dispositif lie une personne de la société civile avec un réfugié ou une personne demandeuse d’asile sur la base de passions ou domaines professionnels communs. Il existe également le dispositif CALM – Comme À La Maison – basé sur un accueil temporaire (de 2 à 12 mois) d’une personne/famille réfugiée au sein d’un foyer de la société civile, pour une immersion facilitant l’apprentissage de la langue et des codes socioculturels.

Shabbir qui bénéficie du dispositif CALM, évoque l’utilité de ce programme dans son intégration française « Ça me plaît car je parle toujours en français avec cette famille et j’apprends beaucoup d’eux. Avant je ne connaissais rien de la culture française, maintenant grâce à eux je comprends mieux la culture française et ses codes » précise t-il, devenu entre temps cuisinier dans la restauration grâce aux opportunités qu’il a saisies par l’intermédiaire, entre autres, de Singa.

Des projets de développement pour structurer la communauté Singa

Ces opportunités d’échange et de rencontre ont rassemblé près de 1150 personnes à travers différents événements de Singa à Montpellier dont le prochain sera la « Singa Night » (action du pôle Singa événementiel qui clôture l’année) le jeudi 15 décembre au Jungle Pub.

Affiche de la 1ère Singa Night à Montpellier.

Elle constitue la première édition qui, avec Lille, se fera en province (la 5ème édition à Paris aura lieu le 22 décembre à La Bellevilloise) et réunira sous une ambiance conviviale, les artistes réfugiés et locaux. L’occasion de rassembler les membres de la communauté Singa et de faire connaître cette association auprès d’un nouveau public. Une communauté qui s’est accrue ces derniers mois à Montpellier et qui répond d’après Rebecca Ajavon à « des volontés citoyennes qui ne demandent qu’à trouver des mouvements qui leur correspondent. Et la croissance de Singa vient avec ces volontés citoyennes de s’investir, de se responsabiliser autour de différentes questions notamment sur la question de l’asile politique ou sur le vivre-ensemble ».

On est là pour renforcer la société !

Un argument validé par Nora, jeune diplômée en communication à l’ESG Montpellier, qui vient de créer son association « Youmond » ayant pour objectif de promouvoir la diversité culturelle à travers l’art et la cuisine. Un projet qui fut accompagné dans le cadre de « Singa Projet » et qui a pu profiter de l’expertise et du réseau de Singa pour se développer.

Inauguration de @Youmondfr à @lanacr0use avec #expo, #musique, et immersion sensorielle #Culture #Diversité #Montpellier @SINGAPROJECT pic.twitter.com/YX79q8GzR1

— LeNouveauMontpellier (@LeNouveauMtp) 4 novembre 2016

« Singa c’est une communauté où l’on va investir dans tes rêves » déclare sans détour Nora « quand j’ai exposé mon projet, Rebecca était très emballée et pour une porteuse de projet, quand vous avez un premier contact qui est aussi fort, ça ne peut que vous stimuler ». Un accompagnement logique selon Nathanael Molle qui répond au but ultime de Singa « on est là pour renforcer la société ! Si on peut accompagner les locaux qui ont un projet lié à ce que l’on fait, c’est à dire l’interculturel et le vivre ensemble, alors on le fait ».

Singa ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. Après la création de contenu voulant montrer une vision plus complète de l’accueil des réfugiés à travers Trait d’Union (le média collaboratif de la communauté Singa), elle s’est offerte un nouveau challenge : 200 villes pour 2020 ! Très active sur Paris, Lyon, Montpellier et Lille, Singa mettra en place pour 2017, une plate-forme afin de lancer un Singa local où que l’on soit en France.

Cette plate-forme comportera des outils pour se former, s’organiser et sensibiliser les citoyens aux projets locaux Singa et à accroître cette communauté sur 200 villes françaises d’ici 2020. Une volonté d’expansion qui fait écho au sein de la communauté, notamment auprès de Giulia, étudiante italienne en Erasmus Mundus à Montpellier, membre de Singa depuis septembre avec certaines camarades de sa promotion et enchantée par le caractère égalitaire de ces lieux d’échange.

« Singa BlaBla » à l’atelier l’Athanor. © Singa Montpellier

Elle confirme en effet les intentions de l’association à instaurer un rapport équilibré entre individus basé sur un dialogue à niveau égal « on est tous pairs, il n’y a aucune distinction. » dit-elle. « J’ai fait beaucoup de service et de bénévolat dans ce domaine et c’est la première fois que cela m’arrive de voir une institution qui pense comme cela et dans laquelle il y a vraiment un partage ». De quoi s’en inspirer pour cette polyglotte (elle parle l’italien, l’anglais, le français, l’espagnol et l’arabe) qui pense développer une communauté Singa encore inexistante en Italie après son Master en Migrations Inter-Méditerranéennes.

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