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Home›Politique›Vie locale›Gilets jaunes : un retour à la normale est-il possible pour les commerçants de Montpellier ?

Gilets jaunes : un retour à la normale est-il possible pour les commerçants de Montpellier ?

Par Léa Béroudiaux
24 mai 2019
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Devanture de commerce Montpellier; CP: M.H

Alors que s’entame ce samedi 25 mai 2019 l’acte 28 des Gilets jaunes et qu’on remarque une baisse de la mobilisation du côté des militants, on oublie souvent que les commerces subissent encore les conséquences de ce mouvement. Qu’en est-il pour les commerçants de Montpellier ? Nous sommes allés à leur rencontre pour découvrir leur état d’esprit après 6 mois de manifestations.

Depuis Novembre 2018, les manifestations des Gilets jaunes font rage tous les samedis, notamment à Montpellier. Débordements, violences, gaz lacrymogènes sur les places publiques, les Montpelliérains ont déjà exprimé leur lassitude à propos de ce mouvement, malgré des passes plus calmes et pacifiques. Les commerçants étaient également inquiets. Les zones les plus touchées étant les rues et places, telles que la rue de la Loge, la place Jean Jaurès, ou encore le quartier Louis Blanc. Aujourd’hui, le premier constat des commerçants et de leurs clients est que la mobilisation lors des manifestations a beaucoup baissé. Il y a de moins en moins de militants et de violences.

Manifestation des Gilets Jaunes sur la place de la préfecture. CP : Simon Botteau

Des avis qui diffèrent

Plusieurs commerçants ont demandé à garder l’anonymat pour ne pas subir de retombées négatives et d’autres ont tout simplement refusé de répondre. En effet, suite à d’autres enquêtes à ce sujet, certains commerçants ont rencontré des manifestants ou riverains mécontents de l’avis qu’ils avaient donné. La plupart d’entre eux remarquent une forte baisse de leur chiffre d’affaire et de l’affluence bien que la violence des manifestations se soit calmée. Certains commerces ont dû adapter leurs horaires, voire fermer les samedis de mouvement. D’autres ont dû prendre des mesures de protection comme dans une boutique de cigarettes électroniques, rue de la Loge, où des gardes du corps ont été embauchés pour empêcher les entrées intempestives de militants et les lancées de bombes lacrymogènes à l’intérieur du magasin, mais aussi pour faciliter l’accès aux quelques clients. La plupart des boutiques ont fermé plus tôt, volets métalliques ou grilles baissés, cela a suffi à empêcher la casse.

degats-caisse-d'épargne

Photo de l’entrée de la Caisse d’Epargne. CP : Simon Botteau.

Certains secteurs d’activités ont été nettement plus visés, comme les banques. La quasi-totalité des agences de Montpellier ont barricadé leurs distributeurs habituellement accessibles tous les jours, après avoir fait le constat de dégradations importantes. Sur la place des Martyrs de la Résistance, les vitres de la Caisse d’Epargne ont été brisées mais une conseillère nous assure “qu’il n’y a pas eu d’autres impacts, la banque fermant à 13h le samedi. Il a juste fallu fermer le SAS qui donne accès aux bornes intérieures, habituellement ouvert jour et nuit.“. L’inquiétude des clients se fait encore ressentir. Comme par exemple dans un commerce destiné à la petite enfance, rue de la Loge, où la clientèle familiale, habituée à se déplacer avec des enfants en bas âge, a cessé de venir pendant les actes les plus violents. “Malgré le retour progressif au calme, la clientèle n’est pas totalement de retour, les familles ont peur“, a indiqué la gérante.

Mais les manifestations des Gilets jaunes n’ont apparemment pas eu que des retombées négatives pour les commerçants. Comme nous l’a expliqué le gérant de Cristal Optical, rue de la Loge. Il nous explique qu’il a forcément subi un impact financier et une baisse de l’affluence durant les manifestations, il a dû aménager ses horaires les samedis après-midi, voire parfois fermer. Il se dit indifférent et ne pas avoir le choix, puisqu'”ils vont manifester de toute façon, donc autant les accepter“.

Il vaut mieux faire comme si de rien n’était comme ça pas de problème.

Il nous dit être plutôt optimiste. Il n’a subi aucun dommage mis à part au niveau du chiffre d’affaire. C’est un des seuls commerçants de la rue qui ne se sent pas touché par les manifestations des Gilets Jaunes. Cela lui a justement permis de découvrir d’autres boutiques dans les petites rues voisines comme la rue des Trésoriers de France, habituellement moins fréquentée, en voulant contourner les rues occupées. C’est le cas de beaucoup d’autres commerçants et de riverains. Les rues les plus fréquentées étant les plus occupées, des commerces peu connus avant les mouvements ont vu leur affluence augmenter.

Le calme après la tempête ?

Aujourd’hui, les commerces ont peur pour l’affluence future et craignent que les clients aient pris peur au fil des manifestations. Malgré quelques aménagements et les dégâts, la plupart constatent quand même une amélioration à toutes les échelles, comparé aux premières manifestations, et à celles de ces derniers mois.

L’Etat a mis en place des fonds de soutien pour aider les commerçants impactés par le mouvement des Gilets jaunes à se reconstruire, mais, malheureusement la ville de Montpellier n’en sera pas bénéficiaire n’ayant pas déposé de dossier de candidature. La CCI ayant pourtant reçu 250 dossiers de commerçants en détresse face à leurs baisses de chiffres d’affaires. Cela a d’ailleurs été source de conflits la semaine dernière entre Philippe Saurel; maire de la ville, André Deljarry; président de la CCI de l’Hérault et Brigitte Roussel-Galiana; ex-adjointe en charge du commerce. Et pour cause, le ministère de l’économie n’ayant reçu aucune candidature de la part de Montpellier, chacun se rejettent la faute. Tout d’abord mis en cause, André Deljarry nie toute responsabilité dans le dossier, les collectivités devant être responsables de sa prise en charge.

Je ne suis pas dans la polémique. Si le maire m’avait averti, j’aurais pu réagir. En outre, pourquoi @PerezVeronique1 ne m’a-t-elle rien dit, elle qui est présidente de l’association Plein centre et qui vient d’être élue au commerce ?@CCIHerault @montpellier_ pic.twitter.com/2ItCQkgJYl

— André DELJARRY (@ADeljarry) 17 mai 2019

C’est ce qui a mis de l’huile sur le feu entre la CCI et le maire de la ville. Selon Philippe Saurel, la CCI ainsi que les associations de commerçants, devaient proposer un nouveau projet d’animation pour le centre-ville à la mairie pour pouvoir être éligible aux aides de l’Etat. D’après lui, il n’aurait malheureusement reçu aucun nouveau projet d’animation, ce qui expliquerait pourquoi la candidature de la ville n’a pas été retenue. C’est là qu’entre en scène Brigitte Roussel-Galiana, adjointe en charge du commerce à ce moment là. Elle appuie le point de vue du président de la CCI et rajoute qu’elle a elle-même informé le maire sur la souffrance des commerçants, qu’il ne pouvait donc pas ne rien savoir de la situation.

Et que dit notamment @RousselGaliana dans ce billet sur Facebook ? [@Saurel_P] “rejette la responsabilité sur le président de la CCI André Deljarry… Évidemment comme toujours avec lui /JE NE FAIS RIEN ET SI ÇA NE MARCHE PAS C’EST LA FAUTE DES AUTRES / pic.twitter.com/kNzEtiTLPC

— Un si grand Saurel (@UnSiGrandSaurel) 17 mai 2019

Elle a d’ailleurs été destituée de son poste d’adjointe en charge du commerce, remplacée par Véronique Pérez, mais reste tout de même au conseil municipal. Pour les commerçants et les Montpelliérains ce conflit est une “mascarade politique liée au commencement des campagnes municipales.” Certains événements ont tout de même été mis en place par la CCI de l’Hérault pour aider aux maximum les commerces de Montpellier, comme “les commerçants fêtent Pâques”. De nombreuses opérations sont également en cours, en relation avec les villes de Montpellier, Sète et Béziers pour redynamiser la clientèle dans les centres-villes.

La question est maintenant de savoir par quels moyens les commerces les plus touchés vont réussir à se relever ?

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