Tapis rouge et salles combles pour Christiane Taubira
Après la venue du Président de la République François Hollande jeudi dernier, c’est au tour de la Ministre de la Justice Christiane Taubira de venir faire un tour dans notre très chère ville. Ce vendredi 25 septembre, la garde des Sceaux a été accueillie chaleureusement lors de cette « traditionnelle rentrée solennelle de la faculté de Droit et de Science Politique » montpelliéraine. Retour sur cette visite inédite à l’Université de Montpellier.
Etudiants, universitaires, avocats ou simples curieux, nombreux sont ceux qui se sont déplacés pour apercevoir ou entendre les vœux de rentrée prononcés par la Garde des Sceaux, vendredi après-midi à la faculté de Droit. Rares, en revanche, ceux qui ont pu la voir, car si l’on parle de « salles combles », c’est bien qu’il y en avait deux ; l’une réservée aux « officiels, invités et universitaires », l’autre destinée aux étudiants et non invités. A l’entrée, deux chemins distincts séparés d’un cordon et de quelques agents de sécurité invitaient chacun des deux groupes à rester de son côté, et à prendre la direction qu’il convient. La surprise des étudiants (ou du « petit peuple », comme s’en amuseront certains) à l’annonce qu’ils n’assisteraient, non pas au discours de la Ministre mais à sa retransmission n’a pas laissé indifférent. Déçus parfois vexés, certains n’hésitaient pas à dire qu’ils ne seraient pas venus si cela avait été précisé.
Liberté, égalité, sécurité ?
Le dispositif de sécurité mis en place pour répondre à l’accueil d’une figure politique importante et aux « manifestations prévues» n’était pas des moindres. Outre la dizaine d’agents de sécurité embauchés par la faculté et les quatre gardes du corps de la ministre, ils étaient « entre 40 et 50 agents de police sur tout le périmètre, c’est-à-dire trop» d’après l’un d’entre eux, qui ne peut s’empêcher d’ajouter en souriant : « C’est ça la République, on a décapité Louis XVI mais pas la royauté ! ». Quant aux manifestations en question, force est de constater que les militants pacifistes n’étaient qu’au nombre de six. Cinq membres de l’association « France Palestine 34 » réclamant l’abrogation de la circulaire Alliot Marie (loi sur la criminalisation du boycott des produits en provenance d’Israël. Taubira s’était prononcé contre mais n’a pas donné suite), et dont le directeur, s’inquiétait par ailleurs, du manque d’intérêt des étudiants à leur cause. Et une seule personne, brandissant un panneau contre le J21, un des enjeux de la venue de la ministre dans la ville.
Il faut dire que son programme était bien chargé : Inauguration de l’Ecole de formation des avocats du centre sud, visite de l’association ADAGES, Visite du Tribunal de Grande Instance, et Signature de la Convention J21 entre la juridiction et l’université.
Quelle justice pour demain ?
Le projet de loi J21 « Justice du 21ème siècle », signé un peu plus tôt entre la juridiction et l’université, et piloté par quatre groupes de travaux montpelliérains propose « Une Justice plus fiable, plus accessible et plus protectrice » pour reprendre les mots de la Ministre. Il répond en somme au besoin « de simplifier et d’adapter la Justice à son temps », et permettra par exemple la transmission des pièces de justice par voie électronique. Dans ce climat de rentrée où les tensions sont nombreuses tant à l’échelle nationale qu’à l’échelle mondiale, la Ministre invitait plus globalement à une profonde réflexion sur les questions essentielles de la liberté, et de la sécurité. Elle évoquera notamment la loi sur le renseignement, la loi anti-terrorisme et le droit d’asile. Des questions qui, « tantôt respectées, tantôt entravées », nécessitent des réponses politiques concrètes, et avec elles, “un cadre juridique,et ainsi des limites, car dans une démocratie, il faut des barrières » assure-t-elle.
« Etudiants, acceptez le risque ! »
C’est le mot de la fin et le conseil de la Garde des Sceaux adressé aux étudiants. « Acceptez de faire des erreurs, acceptez le risque, car sans risque il n’y a pas d’avancées, il n’y a pas de vie ». La rencontre se soldera par un cocktail au cloitre de l’université en comité restreint, ainsi qu’un bain de foule pour Madame la Ministre, « prise d’assaut » par une horde d’étudiants, désireuse de lui octroyer un selfie.











