Briscarts 2014 : Les artistes se dévoilent
En attendant d’en savoir plus sur le Festival Singulièrement vôtre, qui a eu lieu ce week-end et dont l’invitée d’honneur était une artiste montpelliéraine, nous vous proposons un retour sur le parcours des “Briscarts”. Des artistes montpelliérains ont ouvert leur atelier aux curieux les 26 et 27 avril dernier pour le 15e parcours d’artistes. Comme lors de la précédente édition des Briscarts, en novembre 2013, le parcours d’artistes se précédait d’un vernissage à la Galerie Saint-Ravy où différentes personnalités et artistes présentaient l’une de leurs œuvres. Cela permettait de constituer son itinéraire sur le plan distribué, mais c’était surtout l’occasion de prendre un premier contact avec ces artistes singuliers, tous passionnés par leur art.
À Montpellier, on n’a « pas de pétrole mais de l’Art »
Christian Cabanes, président de l’association Les Briscarts depuis deux ans, a d’abord pris la parole : « Les parcours d’ateliers d’artistes ont vu le jour sous leur forme actuelle en 2005 avec 70 artistes. Depuis 2012, un comité a été mis en place pour effectuer une sélection. En effet, on demande aux artistes d’avoir un minimum de suite dans leur activité, d’avoir un véritable projet. » À l’occasion de ce 15e parcours d’artistes, Les Briscarts accueillent « huit petits nouveaux, dont certains avec une grande pratique ». L’intérêt d’un vernissage est selon Christian Cabanes « le moyen de réunir tous les artistes avec quelques œuvres, ce qui donne un petit aperçu du travail de chaque artiste pour faire un choix. Ce parcours permet de rentrer dans l’atelier où se crée l’œuvre et discuter avec l’artiste, avec son authenticité, qui est rare dans notre monde virtuel ». L’association a ainsi dû choisir un slogan pour le parcours d’artistes de Montpellier, ce qui a donné : « Pas de pétrole mais de l’Art. »
« La culture consiste à travailler sur notre identité de demain »
Le maire n’ayant pas pu venir, Cédric de Saint-Jouan, délégué à la Culture, a prononcé un discours en commençant par préciser que ce poste lui allait à ravir car « la culture nous réunit malgré nos différences, elle consiste à travailler sur notre identité de demain ». Selon lui, « l’art permet à l’artiste d’exprimer ses émotions et celles du collectif en dehors des conventions, même si parfois l’artiste doit se réinventer ». Il pense que même si l’art convient aux musées, c’est préférable dans un parcours d’ateliers d’artistes car ça permet d’associer l’art à des lieux dans la ville. Les gens peuvent ainsi découvrir et s’approprier des œuvres. Il s’engage à « faire que la culture soit un pilier de Montpellier ».
Une oeuvre de Rosario Heins (Crédit photo : © Clara Mure)
Suite à ces discours porteurs de projets, l’heure était venue d’aller à la rencontre d’artistes tels que Hill, un personnage haut en couleurs, ami de l’artiste Jackye Lignon, qui confie « changer souvent de style ». Avant, il faisait de l’abstrait puis s’est arrêté car « c’est difficile d’exprimer ce qui nous dépasse ». Il nous explique avec brio comment les peintres cubistes ont eu plus d’aisance à reproduire la Première Guerre mondiale. Selon lui, « les cubistes avaient une certaine facilité à exprimer ces atrocités car ils montraient tous les aspects de la guerre sur une même toile. Alors que pour les réalistes c’était plus complexe car ils ne pouvaient pas tout représenter pour ne pas traumatiser ceux qui étaient à l’arrière du front ». C’est ensuite une toile d’Élisabeth Girard qui attire notre attention. On pense apercevoir des hommes, mais l’artiste nous explique que ce sont des bouteilles : « Je peins sur le vif les choses que je vois dans mon atelier, il y a notamment beaucoup de verres, d’où les bouteilles. » Cependant, l’artiste avoue être « inspirée par des figures mouvantes » qu’elle a croisées lors de voyages. Ces bouteilles ont donc bel et bien un air de Berbères.
Une oeuvre de Florence Pesez (Crédit photo : © Clara Mure)
D’autres artistes étaient évidemment présents comme Florence Pesez avec son drôle de « Siffleur » qui siffle à chaque fois qu’on passe devant, une façon de faire vivre son œuvre et de lui donner un aspect humain, ou plus précisément masculin ! Ou encore l’artiste plasticienne Isabelle Marsala qui n’est autre que la nouvelle 5e adjointe du maire, déléguée à l’Éducation.
Une oeuvre d’ Isabelle Marsala (Crédit photo : © Clara Mure)
Les deux jours qui suivirent ont été l’occasion de parcourir Montpellier et de découvrir les ateliers d’artistes, mais surtout de connaître l’artiste qui se cache derrière chaque œuvre. Près du Corum, en plein centre-ville, on y retrouvait Jean-Claude Toquebiol et Élisabeth Girard que nous avions découvert lors du vernissage. Les toiles de Toquebiol ont une dominante végétale pour les plus récentes. Il nous explique qu’il a commencé en tant que graphiste et « même s’il est difficile de vivre de son art, il faut que ça le reste pour qu’on soit libre. Être libre est la chose la plus difficile car c’est être en dehors des normes, pas comme il faut, car les artistes sont des éternels adolescents ». Dans les années 1970, pendant ses études, il était sculpteur et dessinateur, il s’est ensuite tourné vers le graphisme car il aimait le fait de devoir « toujours mettre en valeur l’autre ». Il a arrêté le graphisme à l’aube du numérique, les deux univers ayant une culture différente. Il a par la suite mis de côté la sculpture sur bois pour se consacrer à la peinture dès 1983, il dit que « ça fait moins de poussière et moins de bruit » !
Jean-Claude Toquebiol (Crédit photo : © Clara Mure)
« La peinture est plus spirituelle »
Ensuite, il est passé à un autre stade lorsqu’il a découvert la couleur. « C‘est autre chose que le volume de la sculpture, j’ai essayé de mélanger volume et couleur mais pas comme un styliste l’aurait fait, je le rendais à plat, ça détruisait la sculpture ». Pour lui, la peinture est plus spirituelle, on y retrouve une liberté personnelle. En parallèle, il faisait de la musique. Il trouve que musique et peinture se rapprochent, « les deux procurent des vibrations ». Depuis deux ou trois ans, il est inspiré par les arbres, que ce soit vus d’en-dessous, allongé sur l’herbe, ou une vision plus abstraite qui traduit des émotions. Il fait ce qu’il appelle « l’acquisition d’un modèle ou du paysage, c’est-à-dire je traduis ce que je vois, ça passe de l’œil à la main, je représente donc des acteurs en mouvement, ça traduit une histoire et c’est plus vivant qu’une photo. Alors que la digestion sur les toiles est différente car ça consiste à digérer dans mon atelier ce que j’ai vu à un instant précis. Souvent le figuratif ou l’acquisition m’emprisonnent par rapport à la restitution dans mon atelier. Car je m’accorde plus de liberté dans la restitution sur les impressions végétales ».
« L’important est d’aller au bout de ce qu’on a envie de faire »
Élisabeth Girard, quant à elle, utilise dans ses toiles l’acrylique pour sa docilité, le collage pour son relief et le fusain. Elle travaille la couleur et la matière. Elle s’inspire du lieu, de la vie et de l’atelier, à savoir les fenêtres, les végétaux, les bouteilles en verre et même les fruits.
Une oeuvre d’Elizabeth Girard (Crédit photo : © Clara Mure)
Les voyages qu’elle a faits, notamment dans les pays du Maghreb, l’ont inspirée dans les silhouettes et les couleurs sables qu’elle utilise beaucoup dans ses toiles. Pour elle, il faut « aller au bout de ce qu’on a envie de faire ». Elle a toujours peint et a demandé tôt à prendre des cours de peinture, elle a notamment fait les Beaux-Arts à Montpellier. Maintenant, c’est elle qui donne des cours, on peut dire que l’élève a dépassé le maître ! Elle nous explique que « c’était une évidence de peindre et d’enseigner la peinture, j’avais besoin du contact humain qui est très enrichissant ». Elle organise des stages pour adultes et pour adolescents, qui viennent par plaisir ou pour préparer des écoles d’art. Être dans le rôle de l’enseignant lui permet de relâcher la pression et de s’évader.
Elisabeth Girard (Crédit photo : © Clara Mure)
« L’image raconte une histoire, un instant »
À quelques rues, près de la Panacée, deux artistes d’un autre genre nous ouvrent leur porte. Il s’agit de François Bouët et Thierry Gabriel. Le premier fait principalement du dessin et utilise peu de peinture, à part de l’aquarelle qui est plus facile à travailler. Il se sert aussi de cartes à gratter, d’encre de Chine, de crayons et de pastels. Sa particularité est d’introduire dans ses dessins des écriteaux : « Les dessins avec du texte sont plus courts qu’une BD et permettent d’imaginer ce qu’on veut du reste de l’histoire. Car l’image raconte une histoire, un instant. Dans une de mes toiles, on retrouve notamment le début d’un journal intime où les mots s’entremêlent aux hachures, il est donc presque impossible de les déchiffrer. » Dans l’exposition « Paysages probables », qui était visible au cinéma Diagonal, une sélection de ses dessins y était affichée, dont l’usage du noir et blanc supprimait toute référence temporelle. Une autre exposition en 2010 nommée « Mes poteaux » représentait des œuvres comme Le poteau poilu, 15 variations ou encore Octon. Cet artiste, issu des Beaux-Arts de Nîmes, a toujours travaillé autour des arts appliqués, que ce soit dans des décors de cinéma, de dessin animé, d’illustrations, ou de peinture murale. François Bouët fait preuve d’une grande diversité dans son travail, tout en gardant un fil conducteur qui est de transmettre ses images et ses messages.
Des oeuvres de François Bouët (Crédit photo : © Clara Mure)
« Montpellier en travaux, c’est significatif »
Thierry Gabriel est un artiste issu de la campagne mais aussi de la ville. Cette double identité se retranscrit dans ses gravures, il se dit « plouc et citadin ». C’est un peintre de carrière qui a commencé il y a trente ans. Il est ensuite passé à la gravure, qui est « moins fatigante », mais qui nécessite néanmoins une technique complexe qui consiste à « dessiner sur une plaque de métal avec du bitume, puis on le place dans l’acide et ça ronge tout ce qui n’est pas dessiné ». Le résultat est frappant !
Une oeuvre de Thierry Gabriel (Crédit photo : © Clara Mure)
Il mêle les dessins traditionnels à la BD pour plus d’originalité. Il a commencé une série de dessins à Montpellier sur la ville en travaux. « Les travaux représentent bien la ville de Montpellier. Maintenant je vois Montpellier autrement, il y a trois ans je ne voyais que des rues et des maisons. » Il a peint des endroits significatifs comme les quais du Verdanson, la gare ou encore le quartier de la Mosson. Il nous donne un autre regard, une autre perspective sur ces endroits emblématiques. Il nous confie qu’il n’aime pas « l’art qui envahit comme certains tags », mais il aime « l’art qui met en valeur les choses ».
Une oeuvre de Thierry Gabriel (Crédit photo : © Clara Mure)
Notre parcours d’artistes s’achève dans un atelier situé à l’Observatoire, près de la Gare, où l’on retrouve Seb M, Bocaj et Marc Lafon. Seb M y expose un large éventail de toiles avec des portraits aux visages bleutés, des personnages surnaturels ou encore des scènes de crime ou de vie. L’artiste met toute son émotion dans ses toiles, ce qui les rend vivantes, comme si elles étaient les pièces d’une même histoire.
Une oeuvre de Seb M (Crédit photo : © Clara Mure)
Bocaj, Parisien d’origine, vit et travaille actuellement à Montpellier. On le connait notamment pour sa collaboration avec le festival Jazz, à Sète, dans la création des affiches.
Des oeuvres de Bocaj et Lafon (Crédit photo : © Clara Mure)
On le découvre ici dans une collaboration toute récente avec le photographe Marc Lafon. Il nous explique que « cette collaboration date de deux, trois mois. On avait décidé de faire un projet ensemble depuis longtemps et ça se présentait bien car il y avait le parcours d’artistes, donc on s’est dit que ce serait sympa de faire une dizaine de photos-peintures qu’on présenterait à cette occasion ».
Marc Lafon et Bocaj (Crédit photo : © Clara Mure)
« La photo est arrivée à moi par hasard » Pour finir, Marc Lafon a accepté de répondre à nos quelques questions sur son œuvre. Le Nouveau Montpellier : Quand avez-vous commencé la photographie ? Marc Lafon : En 1984, donc ça fait trente ans de carrière. Au début, j’ai fait du portrait pour des magazines, pendant longtemps, et après je me suis orienté sur un travail personnel. Je suis donc passé brutalement des portraits en 6×6 couleurs de gens en biais pour les magazines aux nus en noir et blanc, mais ça reste des portraits pour moi.
Une oeuvre de Marc Lafon (Crédit photo : © Clara Mure)
Qu’est-ce qui vous a donné envie de faire de la photo ? C’est le hasard. Je faisais de la musique avant, du rock plutôt nerveux dans un groupe appelé Contrôle. Comment s’est mise en place votre collaboration avec Bocaj ? La collaboration date de deux, trois mois mais on se connait depuis 25 ans avec Jean-Paul (ndlr, Bocaj), ça m’est déjà arrivé à Paris de collaborer avec d’autres artistes. J’aime le mélange, je ne pense pas que l’image soit unique et qu’elle existe dans une seule personne. Il y a plein d’interprétations différentes d’une image, on peut en faire plusieurs versions. Avez-vous des projets pour la suite ? Bien sûr, parce que j’ai envie que tout ça vive, je ne fais pas ça pour moi, pour le garder en secret, c’est du domaine public ce que je fais.
(Crédit photo de Une : © Clara Mure)








