Humans Of Montpellier n°61
Je m’appelle Samia Saadani, j’ai 24 ans et je suis doctorante à l’université de Montpellier. Mes recherches portent sur les mouvements de lutte contre l’islamophobie et l’antiracisme de manière générale. J’œuvre également sur le terrain pour lutter contre ces types de discrimination.
À côté de ça, je porte avec un militant parisien un mouvement de revalorisation du cheveu frisé, crépu ou bouclé chez les nord-africains, le mouvement “Hrach is beautiful ». C’est une initiative nationale dont le but est de se réapproprier nos corps, de s’émanciper des normes de beauté occidentales en tant que personnes issues de l’immigration. La question du cheveu, et par extension du corps, est une manière de se réapproprier notre identité et d’en être fier.
Je suis née à Montpellier, j’ai passé pratiquement toute ma vie ici. J’ai habité un certain temps sur Lyon mais je suis revenue sur Montpellier pour y faire ma thèse. Ce qui est plaisant à Montpellier c’est avant tout le soleil ! Il rend la ville très agréable notamment pour s’y promener. Il y a des lieux que j’aime beaucoup pour leur vue panoramique. Je suis photographe amatrice; Et en suivant certains instagrammeurs, je vois qu’il y a pas mal de lieux où j’aimerais faire des photos, comme par exemple sur le toit de la librairie Sauramps du Triangle. Mais ce n’est pas forcément accessible. J’aime aussi les vues panoramiques du Peyrou, du Corum. J’aime beaucoup photographier les plages également.
Peut-être que si je n’étais pas originaire de Montpellier, je verrai cette ville d’un regard neuf
Malgré le fait d’en être originaire, Montpellier n’est pas la ville où j’ai le plus aimé photographier. A Lyon où il y a plein de petits balconnets et d’endroits en hauteur. Montpellier en comparaison, c’est une ville un petit peu plus plate. Après lorsqu’on est originaire d’une ville, parfois c’est difficile de trouver sa beauté naturelle car on y est tout le temps et quelque part on s’habitue à son environnement. Peut-être que si je n’étais pas originaire de Montpellier, je verrai cette ville d’un regard neuf et je la verrai peut-être plus belle.
En parlant de beauté, je pense que la ville pourrait s’améliorer en termes de propreté. Montpellier peut s’améliorer aussi en termes de transport et d’implantation de certains commerces où tout est orienté vers Odysseum et le centre-ville, alors que La Paillade est à 45 minutes voire une heure de tous ces lieux. Pour moi il y a un couplage entre transport et commerce. Sur l’évolution de la ville, j’ai l’impression que le fait marquant de ces dernières années, c’est la création du secteur Port-Marianne et Millénaire. Il y a énormément de construction et chaque fois que je passe par là, je découvre de nouveaux bâtiments.
C’est un très beau quartier. Mais parallèlement à ça, il y a eu aussi pas mal de transformations qui ont été dénoncées par les habitants, notamment sur les enjeux se jouant au quartier du Petit-Bard. Donc, on a la création d’un tout nouveau quartier qui est joli mais peu accessible. Et en parallèle, on a des problématiques qui sont toujours aussi importantes concernant les quartiers populaires. Il y a une différence de traitement entre les quartiers à Montpellier qui est visuellement perceptible. Des associations, des acteurs sociaux et des collectifs se créent pour améliorer le quotidien des gens dans les quartiers populaires à Montpellier. Malheureusement, je n’ai pas l’impression qu’ils sont mis en valeur par les institutions de la ville.
Il faut arrêter d’intérioriser la manière dont on veut nous cantonner dans certains espaces au sein de la société et de la ville
Concernant les événements sur les thèmes de la diversité, de l’inclusion et de l’antiracisme, on est à la traîne ici par rapport à Paris ou Lyon où il se passe toujours quelque chose. Là-bas, il y a toujours une expo, une conférence ou autre pour créer des plans d’actions et améliorer le quotidien des personnes issues de l’immigration, ou dont les parents sont issus de l’immigration. Sur Montpellier, je ne retrouve pas ça, c’est quelque chose qui me manque. J’aimerais bien qu’à un moment donné, on puisse se mobiliser, se retrouver, se connecter un peu plus sur ces problématiques qui englobent notre quotidien. Que ce soit dans l’accès à l’emploi, dans l’accès aux biens et services ou à certaines activités pour lesquelles on ne se sent pas forcément inclus.
Du coup, en tant que personnes issues de l’immigration, on a du mal également à créer une dynamique. C’est une chose sur laquelle on doit travailler. Un exemple, il m’est arrivé d’organiser des événements ayant pour but de se retrouver dans un lieu qui n’est pas localisé dans un quartier populaire. On peut recevoir parfois des messages provenant des habitants de ces quartiers, nous disant que le voisinage n’étant pas musulman, nous n’avons pas à nous retrouver dans ces endroits-là.
Donc, il y a une intériorisation des discriminations de la part de cette communauté, combinée à une problématique liée à sa place dans la société et dans l’espace géographique au niveau de la ville. En gros, on insère l’idée que les personnes issues de l’immigration doivent rester dans leurs quartiers où elles sont majoritaires et ne pas s’approprier les autres espaces, qui sont en fait aussi les leur en tant qu’habitant de la ville.
Il faut quelque part décoloniser nos esprits. Il faut arrêter d’intérioriser la manière dont on veut nous cantonner dans certains espaces au sein de la société et de la ville. J’espère que l’on va pouvoir prendre notre destin en main et s’inspirer de ce que font les autres villes. Je pense par exemple à l’association Ghett’up sur Paris dédiée à l’entrepreneuriat des personnes issues des quartiers populaires. Ici, on a plutôt la French Tech et je la trouve peu inclusive concernant ces problématiques et très boboïsée, donc je pense qu’il y a des choses à faire sur ça. Ce genre d’initiatives, lorsqu’elles sont initiées par des personnes issues des quartiers populaires, devraient davantage être mises en avant par la ville et pas seulement pour faire acte de présence sur la photo comme le font certains élus.







