La plasticité cérébrale : notre cerveau en évolution permanente

Des organes que nous possédons, notre cerveau est de loin le plus complexe. C’est un monde varié à lui seul où une centaine de milliards d’habitants interagissent : les neurones. Alors que pendant des années le cerveau était considéré comme peu malléable, on sait aujourd’hui qu’il n’est pas figé. L’organisation et les capacités cérébrales peuvent être remodelées, étirées, transformées de façon spectaculaire ! Entretien avec une spécialiste locale en neurobiologie.
Portrait de Gina Devau
Gina Devau est neurobiologiste et enseignante/chercheuse à la faculté des sciences de Montpellier où elle y enseigne les neurosciences. Ses travaux de recherches se font dans le Laboratoire des Mécanismes Moléculaires dans les Démences Neurodégénératives. « Je m’intéresse au vieillissement cérébral et aux pathologies associées au vieillissement comme la Maladie d’Alzheimer. » Gina Devau a accepté de répondre à nos questions et de nous aider à y voir plus clair .
Mais qu’est-ce donc que la plasticité cérébrale ?
« La plasticité cérébrale est une faculté du cerveau d’évoluer et de se modifier de manière durable en fonction de nos activités. La plasticité cérébrale dépend de la plasticité neuronale. C’est un processus dynamique et complexe qui résulte de l’activité des cellules nerveuses, tout particulièrement des neurones. » D’autres cellules sont mises en jeu mais nous n’en parlerons pas ici.
« C’est la diversité de nos apprentissages à travers nos différentes activités qui participe fortement à la construction de notre cerveau et de notre personnalité. »
Dès que nous effectuons une tâche, que nous apprenons une leçon ou que nous jouons d’un instrument de musique, nos neurones se mettent en mouvement. Nos activités quotidiennes viennent poser leurs empreintes dans notre cerveau. Tout un remodelage se fait, notamment à travers les synapses, zones de rencontre des neurones.
Prenons un exemple, lorsque nous sommes en train de mémoriser une leçon, des contacts entre les neurones se créent et se renforcent. Plus nous relierons ces lignes, plus les communications neuronales se solidifieront . Le secret réside dans l’entrainement et la répétition. Si nous nous mettons à jouer du piano, jour après jour, nous pourrons constater grâce aux techniques d’imagerie cérébrale que les zones liées à la motricité de nos mains, de nos doigts, et à l’audition, seront amplifiées. Nos pauvres neurones ne demandent qu’à être nourries d’une façon ou d’une autre et s’ils ne sont pas sollicités, ils finiront par se ratatiner. Nos choix, nos habitudes de vie, et les stimulations du monde extérieur viennent renforcer ou non des connexions synaptiques.
« Chacun d’entre nous a des activités préférées parmi une très grande diversité des possibles : la musique, le sport, la cuisine, la botanique, la photo, la danse ou le théâtre… Toutes ces activités nécessitent un apprentissage. Le sportif va développer des compétences motrices, d’équilibre, d’adresse ou de vitesse. Le musicien développera des aptitudes auditives tandis que le photographe développera des aptitudes visuelles. L’ornithologue reconnaîtra des oiseaux et le botaniste des plantes, de différentes espèces là où un quidam ne verra que des moineaux, de l’herbe et des fleurs. »
« Pour favoriser la plasticité cérébrale nous avons besoin de ressentir et de comprendre le monde qui nous entoure à partir des stimulations sensorielles, des activités motrices (excellentes pour augmenter l’oxygénation du cerveau), des fonctions cognitives (mémoriser, raisonner, comprendre, construire, créer…) et d’interactions avec d’autres personnes (…) Une diminution de stimulations sensorielles, motrices, cognitives ou l’isolement social peut induire une régression de certaines structures cérébrales. »
Cela peut paraître caricatural mais l’idée est bien là : l’alimentation des neurones se trouve dans la richesse de la vie. Chaque être humain pourra apprendre tout au long de sa vie, même si la plasticité diminue au cours du vieillissement.
La plasticité cérébrale ne s’arrête pas là…
Elle intervient aussi dans certaines circonstances lors d’un traumatisme ou d’une lésion. Le système nerveux tente d’aider à la réparation du tissu lésé. Lorsqu’une zone a subit des dégâts, les neurones voisins arrivent dans le territoire en difficulté en véritable co-équipiers cérébraux. Le changement d’emploi pour un groupe de neurones est une faculté plutôt surprenante, entre neurones on se serre les coudes.
Néanmoins, il faut des efforts et du travail pour récupérer en partie ce qui a été perdu. Par exemple, dans le cas d’un AVC (accident vasculaire cérébral), « si la lésion est minime, les fonctions peuvent être récupérées partiellement ou totalement grâce à la plasticité synaptique. Mais si une lésion entraîne une mort neuronale importante, alors les fonctions sont endommagées ou perdues. » Dans tous les cas, un cerveau lésé ne correspondra pas à un cerveau normal à qui l’on soustrait la fonction manquante ou abimée.
« Ainsi, le cerveau se modifie grâce à la plasticité synaptique au cours de l’âge en fonction de nos activités et de nos expériences . »
Ce n’est pas tant le nombre de neurones qui fera la différence d’une personne à une autre, mais plutôt les réseaux de neurones. Notre environnement, les liens affectifs que nous avons, nos échanges, nos expériences ou notre mode de vie font partis des nombreux facteurs qui joueront sur cette plasticité. Imaginez que vous puissiez déplacer les câbles de votre cerveau, en faire des chemins précis et variés au sein de votre terre cérébrale. Au final, les possibilités et la richesse des destinations sont incroyables.










